12 et 13 juin 2004
Open International des Arts Martiaux Vietnamiens Eaubonne
Martial Deng :
vainqueur en individuel
Equipe de France :
2ème au classement

Son club :
le Club de Miramas

L’équipe dont il est capitaine

Site officiel
du Chuong Quan Khi Dao

 

Martial Deng, du Club de Miramas de Chuong Quan Khi Dao.
Un sportif de haut niveau qui sait prendre les armes au sens propre comme au figuré.

La géométrie du couteau papillon et des ciseaux volants

Dans la famille des Arts Martiaux, on trouve Les Arts Martiaux Vietnamiens, puis l’école Chuong Quan Khi Dao et enfin l’incontournable Martial Deng.
Bardé de diplômes, de médailles, de récompenses et…de muscles de la tête aux pieds!
Son CV est trop long, ses titres trop nombreux, on en oublie toujours 1.
Si l’on s’en tient à cette année, il s’est souvent retrouvé sur la première marche du podium et vient d’atteindre l’objectif qu’il s’était fixé en début de saison en obtenant le titre de champion à l’Open International des Arts Martiaux Vietnamiens, les 12 et 13 juin, en combat….
Une saison heureuse pour Martial Deng.
Il saute de victoires en victoires et récolte un éventail de titres et de bonheurs. Martial Deng est un sportif de haut niveau qui sait prendre les armes en soulignant les paradoxes comme en dessinant les combats chorégraphiques.

L’entrevue avec le champion s’inscrit dans un savant équilibre entre retenue et confidences. Jamais à court d’argument, sur le plan technique comme sur le plan stratégique on comprend qu’il n’y a pas que le charme qui est désarmant.
Martial Deng manie la langue comme le bâton conjuguant sagesse et patrimoine culturel avec adresse dans le jeu des subtilités d’une géographie humaine sans frontières entre traditions et conviction, devoir de mémoire et de réserve.

On plonge dans les Arts Martiaux vietnamiens comme dans un puits de sciences. Pédagogue spontané, passionné et ouvert à l’échange, les images défilent lorsqu’il raconte les arts martiaux comme « un voyage dans le patrimoine culturel mondial. » Il écoute, resitue les questions dans le contexte du sport en général ou dans les arts martiaux vietnamiens en particulier. Il s’adapte sans difficulté à la connaissance ou au manque d’information de son interlocuteur. Il décrit « la veste noire, le kimomo d’entraînement des pratiquants, le Vo Phuc. » Il évoque le passage de dan après le passage de cap…
« La ceinture blanche et les barrettes bleues »
… il explique pour conclure « Je suis ceinture noire, 3ème Dan ».
Le fil de la parole se déroule, l’embarcation est immédiate. Le voyage se dessine dans les cartes de géographie que Martial Deng déplie, sans atlas, quand il invite à se familiariser avec la langue japonaise et son écriture, à distinguer les prononciations, les idéogrammes chinois les mots et les armes… Il prend le stylo, il écrit pour aider à la compréhension, éviter les difficultés phonétiques « le nunchaku par exemple ne s’écrit pas comme il est prononcé en français. » Un tour du monde avec des mots venus d’ailleurs, des mots d’origine japonaise qui dialoguent avec la Chine et le vietnam en écoutant Martial Deng.
Les « long gian » font partie des armes utilisées, ce sont des fléaux à 2 branches pour battre le riz. Ces instruments agraires sont utilisés dans les combats de Quan Khi Dao. Il y a l’éventail, attribut plutôt féminin dont on peut se parer aussi. Il y a une richesse technique dans la combinaison et les apports de diverses cultures. Il y a des combats à mains nues mais pas seulement. »
« Le karaté se distingue du Chuong Quan Khi Dao par son origine qui est japonaise. Le berceau du karaté est situé sur l'île d'Okinawa (une corde sur l'océan), le joyau de l'archipel des Ryu-Kyu, îles du Japon. »
De brèves incursions dans l’univers nippon… On convient qu’il est assez paradoxal de constater la poésie ou les dénominations très pacifiques des Arts Martiaux qui évoquent des mouvements de danse plutôt que des combats sans merci.
« Le Jiu jitsu ou l’Art de la souplesse, le judo, art de la délicatesse et de la conciliation, l’aïkido ou la voie de la paix. » Martial Deng nous donne envie de relire L’aventure des mots français venus d’ailleurs d’Henriette Walter, grande linguiste qui défend les emprunts et nous fait partager ses voyages dans la langue. « Lorsqu’une langue emprunte, elle s’enrichit de 1001 façons… emprunter c’est s’enrichir » dit-elle. « Le Chuong Quan Khi Dao n’est pas un style, mais une école qui pratique le Qwan Ki Do. La voie du contrôle de l’énergie. Un art martial dont les racines plongent dans l’histoire des arts de combat sino-vietnamiens. Des pratiques traditionnelles qui se sont enrichies de plusieurs formes de compétitions comme les duels à mains nues, les duels ou duos avec armes, des prestations techniques, seul ou à deux. » Percussion avec pieds, poings, coudes, genoux, des techniques dites de balayage, différentes armes comme l’épée, le sabre, couteaux papillon, couteaux hirondelle, éventail d’armes blanches…
Au terme de maître, il préfère entraîneur. « Maître est un terme abusivement utilisé et souvent à but… lucratif » dit-il en souriant.
Avant l’Open International des 13 et 14 juin, il était confiant, serein mais sur la réserve quand même. « Je n’ai jamais été autant déterminé qu’aujourd’hui. Je suis quelqu’un de très combatif, très déterminé. Dans une compétition, il y a toujours la recherche du défi sportif. » Lorsqu’on l’interroge sur la compétition, le sport de haut niveau… « Il faut avoir une psychologie particulière pour être dans l’élite, pour se démarquer. Il faut un mental de gagnant, de vainqueur. Ça se travaille aussi. Mais au-delà de tout ça dans une compétition il y a la richesse des échanges avec des passionnés. Différentes personnalités, nationalités qui se rencontrent qui s’entraînent pour en savoir plus.» Il faut vous « tirer les vers du nez » pour que vous parliez de vous ? « Je réponds très facilement lorsqu’on m’interroge. La discrétion est dans ma nature. C’est une qualité qui est remarquée aussi dans mon travail. Mais je suis très bavard lorsque je parle de ce qui me passionne. J’aime communiquer ma passion, les valeurs qui m’animent le respect, la tolérance. Chacun doit participer à apporter sa pierre à l’édifice de l’humanité. » Martial Deng est très attentif aux jeunes du club, il est heureux de partager, d’aider les jeunes à canaliser leur violence par exemple par la pratique des arts martiaux. « Je suis un peu la locomotive du club, l’exemple à suivre. Mes résultats participent à créer une bonne dynamique c’est vrai pour le club de Miramas, comme pour l’équipe nationale. Parfois c’est l’échec scolaire qui colle à la peau des jeunes lorsqu’ils arrivent au club. Ils sont enfermés, se sentent enfermés dans un processus d’échec, de dévalorisation. Soudain l’image est brisée lorsqu’ils s’entraînent, réussissent même si cela demande beaucoup d’efforts. On participe à ouvrir des horizons et c’est très important dans le monde de violence d’aujourd’hui. C’est vrai pour tous les sports, je suis très ouvert aux autres disciplines.» La persévérance rime avec modestie, humilité et épanouissement pour le champion. « Nous avons qu’un coin de gymnase, sans tatami, mais nous arrivons à motiver avec rigueur et sérieux les membres du club et les résultats le prouvent. Le bilan de saison est très satisfaisant. J’ai comptabilisé 12 première place dans les différentes catégories et championnats. C’est une grande réussite pour moi mais aussi pour le club. Je m’entraîne avec mes élèves mais j’ai bien sûr une préparation individuelle personnelle. A petites doses mais au quotidien c’est une préparation physique et mentale. Un travail de musculation spécifique, une préparation de stratégie de combat, du travail d’endurance… et une hygiène de vie à laquelle je me conforme. Pas d’excès. Pas de grignotage, plus de légumes que de viande… peu de graisses et de sucre. Le soda, je ne connais pas » dit-il avec le sourire.

Un véritable envol pour Martial Deng, où l’immobilisation comme la soumission ne sont que techniques stratégiques dans le combat et la beauté cruelle des Arts Martiaux. Ce jeune sportif, professeur diplômé d’Etat des Arts Martiaux, entraîneur bénévole, pratiquant infatigable concilie une vie professionnelle chargée et une passion dévorante. Il dessine avec désir et volonté une géométrie du couteau papillon et des ciseaux volants.


Mis en ligne le 15 / 06 / 04